Remplacement à l’aumônerie du Diaconat Roosevelt de Mulhouse.


Ce vendredi 27 mars, Maximilien, mon petit-fils, a un mois .
Ce vendredi 27 mars, je me rends en tremblant à la clinique du Diaconat Roosevelt dans les services « Covid 19 ».
J’ai accepté, avec d’autres collègues, de remplacer l’aumônière en titre.
J’ai accepté et en raccrochant le téléphone, j’étais assommée : visiter les malades en service Covid 19 !

Le personnel en me préparant soigneusement me donne des lunettes, en plus de la charlotte, du masque et tout et tout, confirmant ma mission de visiter ces patients si isolés. Je suis bien accueillie en tant que pasteure ; aucune assimilation avec la Porte Ouverte, ouf !
Les malades sont faibles, parfois si soulagés d’aller mieux, parfois dans l’incompréhension ou sidération face à ce qui leur arrive, reconnaissants d’être soignés avec autant d’attention.
Un technicien de surface m’indique une dame en chambre n°... Elle ne parle pas mais elle a les mains jointes. Sur ma proposition de prière, elle acquiesce en serrant ses mains, présente dans son absence.
A l’étage supérieur, dans un box de soins intensifs, il y a une couverture sur un corps ... les infirmières m’envoient vers une dame qui va mieux, elle va changer de service.
Le personnel est posé, attentif, efficace. Le soir, à la fin du poste de jour (12 heures !), les jeunes femmes, ce jour-là ce sont en grande majorité des jeunes femmes, traversent une à une le long parcours de désinfection à l’aide d’une infirmière (l’IBODE). Elles pépillent comme des moineaux « Tes chaussures sont de quelles couleurs , jaunes avec des points verts ? » - « Une grande serviette s'il te plaît ? » - « Voilà pour te faire plaisir ! Mais en fait elles sont toutes grandes » ... quelle bonheur d’écouter cette bonne humeur, cette camaraderie. Un peu comme à l’armée, un peu comme au front en temps de guerre ?
Vive ce sas avec tous ces rituels si astreignants et si nécessaires !
Après ce sas elles peuvent s’arrêter et me parler. Elles disent alors leur peur du virus malgré toute les précautions, leur incapacité à ne pas embrasser leurs enfants et la peur de les contaminer, leurs cauchemars, leurs douleurs devant le traitement (ou non-traitement !) des « cadavres » ... Elles disent aussi le sens de leur travail, le cadre de santé si attentif à elles, le confort de travailler ici et non à l’hôpital public où arrivent chaque jour des dizaines d’urgences. Et l’importance de la famille, du cheval ou leur prière pour le monde ... Premier jour en service Covid 19.

Samedi 4 avril : troisième après-midi en service Covid. Les soignants se sont organisés, adaptés. L’inquiétude est toujours là ; l’infirmière qui m’avait accueillie la semaine dernière est maintenant alitée dans une chambre, contaminée.
Il y a encore des malades qui « ne passeront pas la nuit » ! Il y a encore des admissions. Mais à un rythme moins soutenu. L’ambiance se détend, le personnel a le temps de souffler un peu ... l’épidémie fait maintenant rage en île de France.


Anne Heitzmann-Geiss, pasteure dans les vallées de Thann et Masevaux.

 

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